COMMENT C'ÉTAIT CONSTRUIT
À l’intérieur des murs en adobe de Chan Chan et de ses dix citadelles royales
Chan Chan n'était pas un palais, mais dix citadelles fortifiées, chacune élevée en adobe par un roi chimú différent — c'est ainsi que fut réellement bâtie la plus grande ville de terre au monde.
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| Citadelle | Statut aujourd’hui | Connu pour |
|---|---|---|
| Nik An (Tschudi) | Restauré, ouvert aux visiteurs | Frises, place de cérémonie, puits accessible sans réservation |
| Gran Chimú | Non restauré | La plus vaste des dix citadelles |
| Rivero | Non restauré | Vaste projet de gestion des eaux |
| Chayhuac, Uhle, Tello, Squier, Laberinto, Bandelier, Velarde | Non restauré, fermé au public | Nommés pour la plupart en hommage aux érudits et voyageurs qui les ont documentés |
Une ville bâtie à partir de la terre sur laquelle elle se dressait
Chan Chan a été édifiée presque entièrement en adobe — un mélange de boue, de sable et de fibres végétales, moulé et séché au soleil plutôt que cuit au four. Les bâtisseurs ont utilisé à la fois des briques d’adobe moulées et de la terre damée et coulée, appelée tapia, pour les murs porteurs les plus épais, dont certains sont réputés avoir dépassé les dix mètres de haut. Ce fut un choix pragmatique sur une côte désertique, sans bois accessible ni carrières de pierre à proximité, et il permit aux Chimú de bâtir à une échelle que rien d’autre sur la côte péruvienne ne pouvait égaler.
Pas un palais, mais dix
Le cœur de Chan Chan n'est pas une seule résidence royale, mais dix enclos fortifiés distincts, appelés ciudadelas, chacun formant une citadelle autonome avec ses propres salles d'audience, entrepôts, ateliers, une plateforme funéraire royale et un puits-jardin en contrebas. Les archéologues d'aujourd'hui les désignent par les noms des savants et voyageurs qui les ont documentés en premier, plutôt que par un nom chimú qui aurait survécu : Chayhuac, Uhle, Tello, Gran Chimú, Squier, Nik An — mieux connu sous son ancien nom, Tschudi — Laberinto, Bandelier, Velarde et Rivero, disposés à peu près dans l'ordre de leur construction.
Un roi, un domaine
La théorie dominante chez les archéologues est que chaque ciudadela a été construite pour un seul roi chimú régnant, qui y vivait, y gouvernait et y était finalement enterré ; à sa mort, l'enceinte devenait un sanctuaire dédié à sa mémoire, plutôt que de passer intacte à son successeur, qui en édifiait une toute nouvelle pour lui-même. Ce schéma — connu des spécialistes sous le nom d'héritage divisé — expliquerait pourquoi Chan Chan n'a cessé de s'étendre vers l'extérieur pendant deux siècles, au lieu d'être simplement réutilisée ou construite en hauteur, laissant ainsi une séquence de dix enceintes royales côte à côte à travers le désert.
Nik An — celui que vous pouvez visiter
Parmi les dix citadelles, seule Nik An, longtemps connue sous le nom du naturaliste suisse du XIXe siècle Johann Jakob von Tschudi qui l'avait étudiée, a été considérablement restaurée et ouverte aux visiteurs. Son agencement — une grande esplanade cérémonielle d'entrée, un dédale de couloirs et d'entrepôts, des cours d'audience plus intimes, et un réservoir accessible à pied creusé jusqu'à la nappe phréatique — offre de loin la vision la plus claire de la manière dont l'enceinte d'un roi chimú fonctionnait au quotidien, de la cérémonie publique sur l'esplanade à la vie privée menée au plus profond des murs.
L’eau dans le désert
Chaque citadelle abritait au moins un huachaque, un jardin ou puits creusé jusqu’à la nappe phréatique dans un paysage qui ne reçoit presque aucune pluie une année normale. Ces réservoirs enfouis fournissaient l’eau potable et irriguaient de petites parcelles à l’intérieur des murailles du palais, et leur conception reflète un savoir-faire chimú plus large en matière d’eau : ailleurs le long de ce littoral, le royaume a bâti certains des réseaux de canaux d’irrigation les plus sophistiqués du monde antique, transportant l’eau des rivières sur plusieurs kilomètres à travers le désert pour soutenir des terres agricoles loin de toute source d’eau naturelle.